DOSSIERS

Accueil > Dossiers
> Accaparement des terres

Accaparement des terres


L’ACCAPAREMENT DES TERRES UN ENJEU MONDIAL

02-_leo0102

L’accaparement des terres arables par des intérêts étrangers est un phénomène relativement nouveau, pernicieux, qui déjoue les prévisions des économistes et des politiciens, et qui prend une ampleur inquiétante du fait qu’il semble irréversible et qu’il trahit la perte de confiance des dirigeants des États acheteurs quant à la capacité des marchés mondiaux de nourrir adéquatement leurs populations à l’avenir.

Des populations, souvent pauvres et parfois même nécessiteuses d’une aide alimentaire internationale, se voient dépossédées de leurs sols arables, de leur agriculture et de leur mode de vie au profit d’États riches ou de conglomérats industriels qui exploitent ces terres étrangères pour en rapatrier les produits alimentaires ou les profits d’exploitation. Dans cette équation, qui possède quoi ? Qui possède qui ? Assistons-nous, comme plusieurs le pensent, à l’établissement d’un néocolonialisme agraire mondial ?

05_leo0113

L’accaparement des terres par des pays étrangers a pour but premier de garantir leur autosuffisance alimentaire.

UNE SITUATION MONDIALE

Les superficies en terre arable qui sont acquises sont considérables et se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliers d’hectares. Les acquéreurs sont en majorité des pays riches, souvent producteurs de pétrole et/ou dépourvus de structures agricoles solides ou pérennes. Pensons au Japon, à la Libye ou aux pays arabes. Ces pays prévoient ainsi garantir l’approvisionnement alimentaire de leur propre population via la production offshore qu’ils comptent faire sur ces terres agricoles devenues leurs.

D’autres pays comme l’Inde ou la Chine, plus populeux ou en voie d’émergence, convoitent les sols étrangers car leur propre territoire cultivable ne suffit plus à nourrir leur forte population. Aussi, ces pays comptent sur un approvisionnement en agro-carburant, en plus des denrées alimentaires.

tableau_ct

Les États ne sont pas les seuls intéressés. Ainsi, dans plusieurs pays, des investisseurs font l’acquisition à un prix dérisoire de fermes délaissées par la relève ou en désuétude. Par la suite, ils investissent en équipements modernes, en intrants de dernière technologie et en méthodes culturales éprouvées, avec l’objectif d’obtenir une production maximale. Dans certains pays, comme en Ukraine par exemple, ces investisseurs profitent de sols peu dispendieux et en bonne condition, et de structures agricoles adaptées à la motorisation, ce qui réduit considérablement les investissements nécessaires à l’aménagement des exploitations agricoles et des terres. Habituellement, ces sociétés emploient de la main-d’œuvre locale, beaucoup plus réduite qu’avant leur arrivée à cause de la modernisation apportée aux infrastructures et aux équipements. Cette mainmise sur les populations et les richesses s’apparente au néocolonialisme agraire décrié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

En effet, au dire de Jacques Diouf, jadis directeur général de la (FAO), un certain nombre d’États et d’entreprises ne s’accaparent les millions d’hectares de terres agricoles dans les pays en développement que dans l’unique but d’assurer leurs propres approvisionnements alimentaires à long terme. Cela entraîne une situation qui banalise la soumission des États pauvres ainsi tenus de produire de la nourriture pour les pays riches aux dépens de leur propre population parfois affamée.

04-_leo0177

Les paysans sont souvent victimes de ce phénomène d’accaparement des terres en perdant leurs droits ancestraux.

DES CHIFFRES ET UNE ATTITUDE QUI FONT PEUR

Tous les pays ne possèdent pas de lois protégeant leur population rurale. Dans le monde, les terres hors forêts, incultes mais adaptées aux activités agricoles, représentent une superficie totale estimée à 445 millions d’hectares. Cela équivaut au tiers de l’ensemble des terres cultivées actuellement au niveau mondial, qui s’élèvent à 1,5 milliard d’hectares. Plus de la moitié de cette zone se répartit entre dix pays, dont six se trouvent en Afrique (Soudan, République démocratique du Congo, Mozambique, Madagascar, Tchad et Zambie).

Il faut reconnaître que l’accaparement des terres dans le monde est un mouvement solidement engagé depuis les crises alimentaire et financière de 2008. La Banque mondiale indiquait que les 463 projets qu’elle avait dénombrés entre octobre 2008 et juin 2009 concernaient une superficie d’au moins 46,6 millions d’hectares de terres cultivables, majoritairement situées en Afrique sub-saharienne.

Malgré les résultats des enquêtes effectuées sur le terrain et destinées à étayer le rapport, qui révélaient pourtant que 21 % des projets répertoriés étaient en phase d’exploitation, que plus de la moitié avaient atteint un développement initial et que près de 70 % avaient été approuvés par les États concernés, la Banque mondiale a minimisé l’importance de ces chiffres en déclarant que l’interprétation générale du phénomène de l’accaparement des terres était probablement faussée par les médias.

FAVORISER UN ÉQUILIBRE

En 2011, alors que le mouvement planétaire d’acquisition des terres arables est bien amorcé, il convient donc de poser des balises internationales afin de s’assurer que les investissements en provenance des pays riches ne servent pas exclusivement à leur assurer des importations de denrées alimentaires, mais contribuent également au développement des pays pauvres, notamment des populations rurales qui sont les premières à souffrir de ce phénomène.

Va pour les États, dont les structures leur permettent ou leur imposent, selon le régime, des règles à suivre dès lors que des directives mondiales à peine voilées surgissent d’organismes reconnus et officiels. Mais comment s’assurer que l’équité soit appliquée par les sociétés ou les conglomérats industriels désireux de faire main basse sur des terres étrangères ? Pour ces entités, l’achat de terres n’est pas un geste de gouvernance; c’est du simple agro-business.

Dorénavant, l’agriculture constitue un secteur stratégique en matière d’investissement. Le sol fertile, c’est l’unique héritage authentique et permanent dont l’humanité dispose. Il n’est pas étonnant que dans un monde dominé par le pouvoir et l’argent, il soit destiné à devenir une valeur refuge au même titre que l’or, et peut-être un jour un enjeu de conflit planétaire si des règles internationales ne sont pas établies à temps.

RÉFÉRENCES

 

La journée MONDIALE de l'agriculture est une initiative d'AGyours