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Réchauffement climatique


LE CONTRECOUPS DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

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L’agriculture est une activité humaine extrêmement sensible au changement climatique. Il suffit d’une légère hausse de la température pour que les rendements de la plupart des cultures subissent soit une diminution, soit une augmentation, selon la latitude. Cette situation entraîne également une prolifération des ravageurs et des mauvaises herbes, dont la présence peut réduire d’autant plus les rendements.

Le CO2, un des gaz à effet de serre (GES) responsables du changement climatique, est essentiel pour la croissance des plantes. En général, l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère entraîne une augmentation de la production agricole puisque la hausse des concentrations de CO2 a tendance à améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau par les plantes ainsi que le taux de photosynthèse.  Mais certaines conditions d’humidité et de chaleur, et la présence ou l’absence de certains éléments nutritifs, peuvent restreindre ou annuler les avantages de la fertilisation par le CO2.

L’agriculture dépend aussi de la stabilité des réserves d’eau. Or, puisque les scénarios actuels annoncent tantôt des sécheresses tantôt des inondations, le changement climatique est susceptible de perturber la disponibilité de ces ressources d’eau. Le changement climatique risque par ailleurs d’engendrer des incendies de forêts importants, ainsi que des modifications dans la périodicité des saisons.

LE MONDE SOUS DIAGNOSTIC

Partout sur la planète, les analystes suggèrent que l’agriculture et la sécurité alimentaire de l’humanité seront davantage affectées négativement que positivement par le changement climatique. On assistera à une baisse des productions dans les pays en développement, particulièrement en Asie du Sud où les cultures irriguées subiront de fortes baisses. Les prix des principaux produits agricoles (riz, blé, maïs et soya) augmenteront. Idem pour le fourrage, ce qui engendrera une augmentation des prix de la viande.

Selon les projections, en 2050, l’ensemble des pays en développement verront leur disponibilité en calories devenue inférieure aux niveaux de l’an 2000, entraînant une augmentation de 20 % de la malnutrition infantile, par rapport à un scénario sans changement climatique.

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L’érosion des sols fait partie des phénomènes contribuant à réduire considérablement la productivité de nourriture.

DOMMAGES AUX SOLS

L’agriculture mondiale est aux prises avec le plus grand défi qui soit : la dégradation que subissent les sols suite à l’érosion, l’épuisement, la saturation en eau et l’accumulation de solutés. Ce sont des causes directement liées aux pratiques agricoles. Mais avec le changement climatique, à ces causes s’ajouteront une variation de la teneur en carbone des sols, la lixiviation de leurs éléments nutritifs et un ruissellement anormal.

L’érosion des sols, qui menace la productivité et la pérennité agricoles, augmentera dans certaines régions sous l’effet du changement climatique, particulièrement lors des événements climatiques extrêmes que la plupart des modèles prévisionnels annoncent. Ce phénomène s’aggravera encore si des producteurs décident de contrer leurs pertes en convertissant des couvertures végétales en terres labourables. Les sols risquent aussi de subir une diminution de la couche de neige protectrice et d’être davantage exposés.

DES RAVAGEURS IMPRÉVISIBLES

Dans un scénario de changement climatique sur l’horizon 2020-2050, on ne peut prévoir les répercussions qu’auront sur l’agriculture les mauvaises herbes, les insectes et les agents pathogènes. Tous sont sensibles à la température et à l’humidité, et certains organismes sont aussi sensibles aux concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Cependant, on peut tirer des suppositions plus que probables (Figure 1).

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L’AGRICULTURE ELLE-MÊME RESPONSABLE

Qu’on l’admette ou non, l’agriculture figure parmi les activités humaines émettant le plus de gaz à effet de serre au monde. Tous pays confondus, la contribution au changement climatique des secteurs agricoles, via les émissions de gaz à effet de serre qu’ils génèrent,  représente de 17 à 32 % de toutes les émissions mondiales de GES, ce qui équivaut en termes scientifiques à entre 8,5 et 16,5 Pg CO2-eq.

L’utilisation répandue des produits agrochimiques au sein des agricultures intensives de la planète participe au changement climatique. La production agrochimique comme telle constitue une source d’émissions de GES qui s’ajoute aux émissions agricoles. Sur la planète, on évalue de 0,6 à 1,2 % la quantité de GES attribuable à la fabrication des fertilisants. Principalement, ces émissions proviennent du dioxyde de carbone rejeté dans l’atmosphère lors du processus de fabrication des engrais. Quant à la production de nitrate particulièrement, elle rejette surtout de l’oxyde nitreux, un autre GES qui, notamment, émane aussi des sols vierges ou en friche, ainsi que de l’élevage du bétail.

En outre, parmi les sources de GES émis par l’élevage des animaux, on note les  émissions provenant des ruminants, les fumiers, l’utilisation des produits agrochimiques, etc. À elles seules, les vaches qui peuplent les étables de la planète sont responsables directement de 16 % des émissions de méthane dans l’atmosphère. Le méthane est un produit de la digestion incomplète lors de la fermentation gastro-entérique des ruminants. Une seule vache peut émettre 100 à 500 litres de méthane par jour.

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Les vaches laitières contribuent à elles seules à 16% des émissions de méthane dans l’atmosphère. Par contre, leur contribution à nourrir les humains n’est à toute fin pratique incalculable.

On sait que les populations de plusieurs pays émergents tendent à adopter les comportements alimentaires en usage dans les pays industrialisés, ce qui implique une plus grande consommation de produits carnés. Dans ces pays, la demande pour la viande se fait donc de plus en plus forte, au rythme de la croissance économique. Cela va favoriser la multiplication des fermes où l’on pratique l’élevage intensif, et par ricochet l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Finalement, d’autres éléments de source agricole génèrent des GES : le changement de vocation des surfaces en terres agricoles, le déboisement des forêts au profit des terres cultivables, l’expansion de l’agriculture dans les forêts tropicales, l’utilisation croissante des engrais minéraux dans le monde, les labours, l’ensemencement, l’application des engrais de synthèse et les opérations de récolte, ainsi que l’irrigation.

DES MODÈLES CLIMATIQUES FAILLIBLES

De tous les modèles prévisionnels qui sont publiés par les chercheurs du monde entier, nous avons retenu deux modèles climatiques qui prennent en compte la planète entière et se démarquent tant par la probabilité de leurs prédictions que par les critères qui les sous-tendent et qui, paradoxalement, justifient leurs différences et permettent de les utiliser conjointement dans l’élaboration d’un scénario tantôt  » humide « , tantôt  » sec « .

Il est question du modèle du Centre national de Recherche atmosphérique (NCAR), situé à Boulder, au Colorado, et du modèle de l’Organisation pour la Recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO), située à Kinston en Australie.

Les deux scénarios,  » humide  » et  » sec « , que nous identifions ici respectivement NCAR et CSIRO, projettent des températures nettement plus élevées en 2050. Cette hausse de température escomptée aura pour conséquence une évaporation plus importante des eaux du globe, ainsi qu’une augmentation des précipitations.

Selon le scénario NCAR (plus humide), les précipitations augmenteront de 10 % en moyenne, alors que cette prédiction n’est que de 2 % dans le scénario CSIRO (plus sec).

Les deux scénarios sont sensiblement différents. Le scénario NCAR projette une hausse des températures maximales moyennes deux fois plus importante que le scénario CSIRO. Quant aux précipitations, NCAR les prévoit généralement plus abondantes que CSIRO.

Il est intéressant de constater que, malgré le travail acharné des chercheurs et des scientifiques de ces deux organismes reconnus ainsi que d’autres tels GFDL, GISS, OSU, UKMO, les différences substantielles qui existent entre les modèles climatiques démontrent la vulnérabilité des outils de modélisation actuels, et illustrent clairement les limites de notre capacité de comprendre et de prévoir les comportements du climat de la Terre.

RÉFÉRENCES

La journée MONDIALE de l'agriculture est une initiative d'AGyours